Crise de la «vache folle» et Politique agricole :
Protection des intérêts économiques ou de la santé
publique ?
La santé dabord ! Qui ne connaît pas ce précepte
qui de toute évidence nest que rarement appliqué. En effet,
dès quil sagit de préserver des places de travail, la
santé humaine passe en seconde priorité. Les politiciens et la majorité
de la population semblent daccord là-dessus. Il nest donc pas
étonnant quavec la crise de la «vache folle», la préoccupation
majeure nest pas la santé humaine, mais un compromis dintérêts
entre léconomie et la santé.| Que signifie ESB ? ESB est labréviation de lencéphalopathie spongiforme bovine, une maladie qui touche le cerveau des bovins. Dès lapparition de cette maladie en Grande-Bretagne, elle a été désignée sous le nom de «mad cow disease», donc maladie de la vache folle. |
Daprès ce que lon sait jusquà présent
(et lon nen sait encore que peu !), la crise de la «vache
folle» est le résultat dune course au profit afin de faire
encore plus de bénéfices dans le marché de la viande: pour
obtenir un engraissement plus rapide, de la nourriture à base de sang
et de chair animale a été donnée aux ruminants et aux autres
animaux dits de boucherie. Cet aliment «dopant» nest pas seulement
fabriqué à partir de déchets dabattoirs, mais également
avec toutes sortes de cadavres qui, chauffés à haute température,
sont transformés en farine. Cette température a été
par la suite abaissée pour en diminuer les coûts.
Dès que les conséquences dramatiques de ces pratiques sont apparues
au grand jour en Grande-Bretagne, le gouvernement britannique les a dabord
camouflées, puis minimisées, afin de ne pas porter préjudice
à lindustrie de la viande. LAllemagne fit de même:
une semaine encore avant le premier cas dESB déclaré dans
ce pays (mi-décembre 2000), les politiciens allemands étaient
les plus fervents adversaires des mesures anti-ESB au sein de lUnion Européenne.
Ils sopposaient surtout à linterdiction de nourrir les porcs,
les volailles et les poissons avec de la farine animale. En Suisse aussi, les
politiciens protègent à tout prix les intérêts de
lindustrie de la viande.
4197 millions de francs. |
Un lobby aussi puissant financièrement et qui compte de nombreux représentants à Berne, mettra toujours tout en uvre pour conserver sa force (avec largent des contribuables!). On sait depuis longtemps que lindustrie de la viande est largement déficitaire et ne se maintient que grâce aux milliards de subventions qui lui sont versées. Pourtant, des études scientifiques toujours plus nombreuses démontrent les conséquences négatives pour la santé dune forte consommation de viande. Dinnombrables cas de cancers, de maladies cardio-vasculaires et dinfarctus pourraient être évités par une alimentation sans graisses ni protéines animales et par ladoption dun mode de vie plus sain.[1] Actuellement ces maladies constituent les principales causes de décès dans les pays industrialisés, y compris la Suisse.
Si la santé de la population est considérée comme une priorité, pourquoi personne ne soppose à lindustrie de la viande?
| Bruno Oesch, chercheur zurichois sur lESB: «Le facteur déclenchant de lESB peut se trouver dans le sang et selon toute vraisemblance également dans les muscles». Limmattaler Tagblatt AZ, 24.11.2000 |
Les associations de consommateurs ont-elles de trop faibles moyens financiers et en personnel pour lutter efficacement contre ce Goliath économique? Ou y a-t-il trop de politiciens propriétaires dusines danimaux et qui, dépendant des subventions fédérales, protègent leurs intérêts?
Est-ce un hasard que lindustrie du lait, qui est largement subventionnée, soit autorisée à faire de la publicité en faveur des prétendus bienfaits pour la santé de ses produits (bien que ces «bienfaits» soient mis en doute par des études scientifiques!) [2] , alors que pour les autres aliments une telle publicité est interdite?
Il ne faut pas être pessimiste pour se rendre compte de la réalité: les considérations économiques priment définitivement sur les questions de santé publique. Dautant plus que les personnes malades rapportent davantage que celles en bonne santé. Avec plus de 40 milliards de francs par année, les coûts des maladies sont en constante augmentation.
| La consommation de viande bovine en Suisse De janvier à septembre 2000 la consommation de viande bovine a augmenté de 6.3%, celle de veau de 13.2%, celle de charcuterie de 2.3% et celle de saucisses de 1.5%. LESB ne peut être détectée que sur des bovins âgés de plus de 20 mois. La viande, devenue moins tendre, de ces animaux plus âgés est utilisée pour faire des saucisses et des terrines. Neue Fleisch AG, citation du Schaffhauser Nachrichten, 24.11.2000. |
Le test ESB
La population désécurisée exige à présent un test anti-ESB rapide. Mais le test existant ne peut se pratiquer quaprès labattage de lanimal et ne détecte lESB que sur des animaux âgés. Le test nest pas suffisamment efficace pour détecter la maladie dès son stade initial. Pour cette raison, seules les vaches laitières âgées et les bufs délevages, dont la viande coriace est utilisée pour faire des saucisses, terrines etc., peuvent être fiablement testés. La viande de veau et de buf qui est vendue sous forme descalope ou de steak provient presque toujours danimaux abattus avant lâge de 20 mois. Personne ne peut donc manger un steak en toute tranquillité, et ce même si la viande provient dun animal testé!
Les autorités suisses ont, très tôt, interdit les farines
animales pour les bovins, mais pour des raisons économiques, elles ne
lont pas fait pour les autres animaux. Toutefois, sous la pression de
lopinion publique, en novembre dernier, elles ont changé davis.
Linquiétude des consommateurs apparaît enfin plus importante
que la pression économique exercée par lindustrie de la
viande. Il est cependant à prévoir que la destruction des déchets
dabattoirs sera financée par largent de tous les contribuables
(y compris des végétariens!).
|
(Cash, 24.11.2000) |
Certains prétendent que les autorités font de leur mieux pour
prévenir les dangers pour la population et ne sont pas influencées
par les intérêts économiques. Le gouvernement suisse serait
réputé pour agir de manière réfléchie et
non précipitée.
Voyons un peu comment les autorités suisses réagissent lorsque
la santé de sa population est menacée, et sil ny a
pas dintérêt économique évident en jeu.
Le cas de la Stevia
La stevia rebaudiana est une plante à feuilles sucrées. Ces feuilles sont utilisées depuis longtemps dans plusieurs pays comme produit sucrant. Au Japon par exemple la consommation de feuille de stevia en 1987 sélevait à 700 tonnes. Jusquà présent aucune maladie na été constatée suite à la consommation de stevia. Au contraire: des études ont montré que la stevia évitait la formation des caries et des plaques dentaires. Dautre part le taux de sucre dans le sang est moins élevé avec la stevia quavec le sucre traditionnel. Enfin un produit sucrant naturel et bénéfique? Les autorités ne sont pas de cet avis. En juillet 1999, une demande dautorisation de vente de stevia en Suisse fut refusée sous prétexte quil existait trop peu détudes scientifiques prouvant linnocuité de ce produit. Au printemps de la même année, des expériences sur des rats (!) avaient mis en évidence une nocivité de la stevia pour les rats, et cest sur la base de ces expériences (aléatoires) sur ces animaux, que les pays de lUE et les Etats-Unis ont, comme la Suisse, également interdit la stevia.Il peut sembler que cette décision navait pas été prise pour des raisons économiques. Quoique pour lindustrie du sucre, la venue de la stevia sur le marché naurait pas été une bonne affaire. Pas plus que pour les dentistes et dautres professions qui profitent des dégâts du sucre pour la santé. On peut bien sûr se demander sil est correct de retirer un produit sur la base détudes sur les rats, injustifiables dun point de vue éthique et douteuses dun point de vue scientifique. Mais indépendamment de cela, se pose la question de ce qui se serait passé si lOFSP avait réagi de manière aussi énergique à la crise de la «vache folle», sans tenir compte des intérêts de lindustrie de la viande?
Pour mémoire: Il est actuellement admis que lESB est transmissible à lhumain et que cela provoque la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (nMCJ). Officiellement près dune centaine de personnes en sont décédées. Les scientifiques nexcluent pas une future grande épidémie par la propagation de cette maladie incurable. Les autorités, y compris le gouvernement suisse, considèrent que les bovins contractent lESB suite à lingestion de farines animales contaminées, et ce bien que certains autres facteurs ne peuvent pas être exclus (par exemple: pesticides dans laffouragement ou administration de médicaments, comme linsecticide Phosmet).
Voici un scénario des mesures anti ESB qui auraient dû être
logiquement adoptées et qui ne tient pas compte des intérêts
de lindustrie de la viande :
1. Après la découverte de lESB chez les bovins et
le soupçon de transmission par la farine animale: interdiction immédiate
en Europe des farines animales au moins pour les ruminants, avec des contrôles
rigoureux et destruction des produits critiques (cerveau, moelle et tissus nerveux).
Réalité: La Suisse adopta assez vite ces mesures, les autres
pays firent de même un an plus tard. Mais les contrôles ne furent
mis en place que dans un nombre limité de pays, avec pour conséquence
quen Europe de nombreux pays continuèrent dutiliser de la
farine animale. En Allemagne, où lon affirmait il y a peu de temps
quil ny avait pas de cas dESB, lutilisation de la cervelle
de bovins pour la fabrication des saucisses était encore autorisée
en 2000! En novembre 2000, lOffice vétérinaire fédéral
a déclaré que des bovins avaient, en fait, pu consommer de la
farine animale par contamination croisée en ingérant des aliments
destinés aux autres animaux.
2. Après que la transmissibilité de lESB à
lhomme ait été admise: retrait des aliments suspects et
interdiction de la vente de viande de buf.
Réalité: A lopposé du cas de la stevia, un
tel scénario a été exclu. Il y a pourtant eu de nombreux
morts suite à lESB et des centaines peuvent encore suivre. Rappelons
que pour la stevia, aucun cas de maladie na été observé
chez les humains alors que lOFPS a décrété son interdiction !
Quelle a été la réaction de lUE ? Plus de la
moitié du budget de lUE étant alloué à lagriculture,
des mesures drastiques à lencontre dun lobby aussi puissant
ont donc été exclues
Conclusion
Plus le lobby dun produit alimentaire est puissant, plus il peut, sans conséquence négative pour lui, se permettre de causer des dégâts. Infarctus, cancer et même décès par la nMCJ ne seront pris en considération que dans la mesure où il y a derrière des intérêts économiques puissants.Il ne faut pas passer sous silence que les consommateurs ont aussi leur part de responsabilité dans cette situation. La plupart se laissent facilement convaincre par la publicité et sont tentés par des prix avantageux. Comme seule une minorité de personnes se sentent concernées par les questions de protection des animaux et de lenvironnement, la réaction officielle de lAdministration pouvait difficilement être différente. Peut-on imaginer que le Conseil fédéral décide subitement de verser les milliards de subventions aux fabricants de produits alternatifs à la viande?
La catastrophe de lESB devrait déboucher sur une profonde remise en question de notre société. Ceci ne peut saccomplir par le seul fait des autorités et des scientifiques. Cela doit commencer par le plus décisif: soi-même! Une alimentation végétale est un premier pas sur ce difficile chemin!
Renato Pichler,
Président de lAssociation suisse pour le végétarisme
Décembre 2000
[2] Voir: Vegi-Info allemand 3/2000 page 7: Milchwerbung.
[3] Voir article vegi-Info allemand 4/2000 «Weniger Fleisch essen ist gesund» de Urs P. Gasche.
[4] Dental Science Group an der Universität Purdue in Indiana/USA (www.purdue.edu).
La politique agricole de lUnion Européenne (UE) en chiffres:En 1999, les dépenses de lUE pour lagriculture se sont montées à 45,144 Mrd. Euro, cest-à-dire 52.7% des dépenses totales de lUE.Source : Der Fischer Weltalmanach 2001 Part de lagriculture dans le produit intérieur brut de lUE: 1.5% Dans lUE la production de viande de porc se monte à 18000000 tonnes par année, soit 1500000 par mois. La production mensuelle de viande de buf sélève à 600000 tonnes. Le nombre danimaux abattus auquel ces chiffres correspondent nest même pas relevé Source : http:/europa.eu.int Recettes annuelles et nombre demployés par secteur dans lUE
Chaque année lUE produit 3 millions de tonnes de farines animales. La politique agricole suisse: Animaux abattus en 1999 (en tonnes): 650 millions dufs ont été «produits» en 1999. |
1.2.2000
[en haut]
Merci pour l’intérêt que vous montrez envers les informations de l`Association Suisse pour le Végétarisme (ASV). Pour garantir à l’avenir un accès gratuit à ce site (de plus de 1700 pages), nous avons grand besoin de votre soutien!
Faites-vous membre de l`ASV ou abonnez-vous à notre revue : le Végi-Info!